LANDES « IMPERIALES »

Peu de territoires, surtout aussi vaste que les Landes, ont changé aussi radicalement au cours d’un siècle, et en raison d’une histoire d’amour !

Au début du XIXe siècle, les Landes étaient un territoire inhospitalier. L’intérieur des terres était majoritairement constitué de marécages, dus à la nature sablonneuse du sol, incapable d’absorber les précipitations venues de la façade atlantique. Les moustiques y pullulaient, et transmettaient aux hommes de nombreuses infections, dont le paludisme. Quant aux côtes, les dunes s’y déplaçaient aux grés du vent. Certaines années, les sables avançaient de plus de 40m à l’intérieur des terres ! L’église Sainte-Véronique de Soulac, avait ainsi disparu au XVIIIe siècle, engloutie par les sables.

Dans cet environnement hostile, peu de cultures résistaient aux inondations de la mauvaise saison, et aux vapeurs méphitiques de l’été. Les Landes étaient alors le territoire des bergers, qui déplaçaient leurs troupeaux de moutons en fonction des pacages, perchés sur de grandes échasses. Celles-ci qui leur permettaient de repérer leurs bêtes par-dessus les buissons, unique végétation de ces zones humides.

L’idée de Brémontier

Ce « désert » des Landes avait cependant attiré l’attention de nombreux agronomes. Pour eux, son assainissement passait par l’implantation massive de pin maritime. Cette essence, déjà endémique, avait pour elle d’être parfaitement à l’aise avec les sols sablonneux, et d’avoir de gros besoins en eaux. Une plantation à grande échelle aurait ainsi fixé les dunes, grâce au réseau racinaire des arbres, et asséché les marais, par évapotranspiration.

Bien que reconnue depuis la fin du XVIIe siècle et les travaux de l’ingénieur des Ponts et Chaussées Nicolas Brémontier, cette solution n’avait jamais été mise en œuvre. Son application s’opposait aux intérêts des éleveurs ovins, présent sur place depuis des siècles. Le vrai changement pour les Landes allait venir d’un homme et, pour une bonne part, de sa rencontre avec une femme.

Impératrice espagnole

D’origine espagnole, mais ayant reçu la majeure partie de son éducation en France, Eugénie de Montijo allait devenir impératrice, en épousant Louis-Napoléon Bonaparte, premier président de la république française et empereur sous le nom de Napoléon III (il était le neveu de Napoléon Ier). Encore enfant, elle avait découvert la côte basque, alors bien moins prisée qu’aujourd’hui, et en avait gardé une forte impression, qu’elle n’eut de de cesse de faire partager à son époux.

A l’époque, le trajet depuis Paris ne se faisait que par la route. Il fallait donc traverser les Landes, et la situation économique et sanitaire du territoire interpela Louis-Napoléon. Fort de ses prérogatives politiques, il fit voter la loi du 19 juin 1857, « relative à l’assainissement et la mise en culture des Landes de Gascogne ».

De vastes opérations de drainage furent lancées. L’ensemencement fut systématisé, et des routes tracées pour faciliter l’action des sylviculteurs. Les propriétaires locaux y trouvèrent le moyen de s’enrichir en se partageant les nouvelles parcelles, et la révolution industrielle, et ses besoins croissants en composants chimiques de qualité, vint à point pour encourager le développement du gemmage.

Patronymie

L’impératrice apprécia ce changement, qui mit en exergue les efforts de son époux pour moderniser le pays. Ses étapes dans les Landes furent autant d’occasions de partager quelques instants avec ses sujets. Plusieurs anecdotes, qui ont fait l’histoire des Landes, ont pour protagonistes Eugénie de Montijo et de simples citoyens landais, berger ou cuisinière.

Plusieurs communes des Landes gardent aujourd’hui jusque dans leur patronyme la trace des voyages impériaux ; Eugénie-les-Bains, Solférino (qui était initialement un domaine acheté en propre par Napoléon III) … Plus largement, c’est toute la physionomie d’un territoire, et son économie, qui auront été modifiés.

L’Histoire n’a pas forcément gardé un souvenir positif du règne de Napoléon III. Commencé par un coup d’Etat, achevé par une défaite et la perte de l’Alsace et de la Lorraine, il souffrit également de la haine lyrique de Victor Hugo, qui consacra ses « Châtiments » à le traîner dans la boue.

Mais le département des Landes lui est redevable de son assainissement et du développement d’une activité commerciale qui fait encore sa richesse aujourd’hui. Un succès à porter au compte des amours impériales !